Pour l'amour de la langue, il serait prêt à faire des histoires.


Quand on aime les histoires, vient toujours un moment où on s'intéresse aussi aux mots pour les dire. Parfois même, c'est la langue qui mène au récit. Dans mon cas, difficile de dire ce qui est arrivé en premier. Par exemple, aussi loin que je m'en souvienne, j’ai toujours adoré les jolis mots. L’un de mes préférés est sans doute « pandiculation », le fait de s’étirer. Il est beau parce qu’il est rare, parce qu’il évoque le mot « pantin », alors qu’il parle plutôt d’un geste tout en souplesse, libérateur, un geste éminemment naturel et vivant. Il y en a d’autres, des mots plaisants. « Flibustier » par exemple, si l’on veut ancrer un « pirate » dans un contexte géographique et historique ; « embrouillamini », quand « désordre » ou « confusion » ne suffisent tout simplement pas ; ou encore « inanité », si l’envie prenait quelqu’un de décrire ce présent texte — oups.
Ce qui me plaît avec les mots, c’est qu’il suffit d’en mettre plusieurs à la suite, et pour peu qu’on les place dans le bon ordre, cela peut donner une phrase, exprimer une idée, un sentiment, une émotion. Poussons le vice et nous tenons un propos. En augmentant la cadence et maîtrisant le rythme, nous serions susceptibles d’avoir un discours, ou peut-être une chanson. Avec les mots des autres, on pourrait bien créer un article.
Un peu de facétie, et nos mots deviendront humour ; au besoin, un clin d’œil. On peut blesser avec les mots, on peut soigner, on peut aimer, on peut ne rien dire tout en disant. On peut faire une anaphore, autre mot sympatoche qui peut servir à légitimer le fait de répéter une formule un peu pauvre comme « on peut », et essayer de faire passer ça pour de la littérature. On peut utiliser le mot « sympatoche » aussi, lui apporter une existence à l’écrit, alors que même à l’oral il était dispensable, bien que… sympatoche justement. Avec une allitération passablement ampoulée, on pourrait potentiellement parvenir à pimenter un peu sa plume en pondant une phrase plutôt plaisante à proclamer, pour peu qu’on apprécie de pérorer, ou de se pavaner si vous préférez, et qu’on accepte de passer pour une personne pédante et peut-être plus qu’un peu frappée… On ne m’y reprendra plus, promis !
Nos mots placés bout à bout pourraient bien se transformer, sans qu’on y prenne garde, en une introduction bien trop longue, et peut-être un peu complaisante — re oups. Et si on le choisit, les mots sont capables donc de devenir une histoire, et c’est peut-être bien là ce que je préfère avec eux.
Les histoires sont, en quelque sorte, une pandiculation des mots. Oui, les histoires, ce sont les mots qui s’étirent, avec plus ou moins de souplesse sans doute, qui se libèrent et surtout qui libèrent. Elles aussi sont quelque chose d’éminemment naturel et de vivant. Comme les jolis mots, j’ai toujours aimé la littérature, les histoires. J’ai toujours apprécié de me plonger dans celles des autres, de me réfugier dans des livres des heures durant, à en oublier le temps qui passe et la fatigue. Je me souviens des mythes et légendes de mon enfance, de cet énorme bouquin chez mes grands-parents qui proposait une histoire par jour, ou encore des « Histoires comme ça » de Kipling, d’où l’hommage dans le titre de ma newsletter. Combien de nuits adolescentes ai-je passées à lire, n’éteignant la lumière qu’à contrecœur ? Bien sûr, j’avais auparavant actionné l’interrupteur une bonne demi-douzaine de fois en sursaut, pour ne pas risquer de me faire surprendre par mes parents. Peut-être que le sentiment de l’interdit rajoutait du piquant à l’affaire. Je me souviens aussi d’étés où je pouvais lire pendant des journées entières, sans me cacher cette fois, sinon par moment du soleil, sans que rien ou presque ne vienne m’arracher à la fiction que je dévorais à un rythme effréné.
Forcément, les histoires, j’aime aussi les raconter. Il y a eu les tentatives de quelques pages manuscrites, gribouillées à la hâte le temps d’une récré, et abandonnées aussi vite le lendemain. Il y a eu aussi quelques fanfictions, histoires à l’univers emprunté, et laissées à jamais sans fin dans les limbes des forums et d’Internet. Les premiers manuscrits, inaboutis eux aussi, qui s’entassent et prennent de la poussière numérique.
Avez-vous déjà éprouvé le besoin de vous étirer, seulement pour vous arrêter à mi-pandiculation ? Vous connaissez sans doute la frustration que l’on ressent alors, cette acidité douce qui vient se loger jusque dans notre chair et qui ne disparaît qu’une fois le besoin pleinement satisfait. À part pour essayer de légitimer une métaphore bancale en la filant un peu plus, je crois que l’écriture a toujours agi sur moi comme cette envie irrépressible de s’étirer. J’en ai fait mon métier, je suis devenu journaliste et j’ai raconté des histoires qui se passaient réellement, en prenant bien garde à utiliser les mots des autres sans me les approprier ni les transformer, et en m’assurant toujours que ces mots disaient vrai. Pourtant cela ne suffisait pas, le mouvement des mots manquait de souplesse à mon goût, l’élan n’allait pas suffisamment loin. Alors j’ai décidé de m’écarter du strictement vérifié, pour écrire de la fiction… Jamais dans mes articles on est bien d’accord ! J’ai même trouvé une maison d’édition pour mon premier roman de fantasy sorti cet été (2022), un récit d’aventure et d’émancipation dans un monde déchiré par la pollution et la vénalité, qui emmène ma courageuse héroïne à travers le temps.
C’est un peu à cela que j’aspire avec cette newsletter. Pas nécessairement un voyage à travers le temps — quoi que… —, mais une aventure à travers les mots et les univers. Les miens se situeront souvent dans les genres de la littérature de l'imaginaire, de la fantasy à la science fiction en passant par le fantastique, mais je m'autoriserai aussi des récits bien ancrés dans notre monde, sans autre magie que celle des mots, que j'espère saisir à travers mes pandiculations du langage, si vous me permettez l'image.
Le langage, c’est un outil que j’ai appris à utiliser de différentes manières ; comme ce texte peut le laisser penser, j’aime essayer d’en défricher d’autres tout en m’amusant avec. C’est donc ce que je propose ici, m’amuser avec des mots, avec le style, ou avec la narration, pour explorer différentes manières de raconter des histoires.
Vous trouverez donc des textes sous différentes formes, nouvelles courtes en un seul tenant, ou d’autres, plus longues, découpées en plusieurs envois, parfois réunies entre elles par un thème commun voire au sein d’une seule et même unité narrative. Le plus possible j’aimerais vous associer à cet élan, vous qui aimerez suffisamment mes pandiculations langagières pour choisir de vous abonner à ma newsletter et me suivre, afin que vos envies guident ma plume. Parfois aussi, je reviendrai à une autre forme d’utilisation des mots, en renouant avec mon premier métier de journaliste, pour participer à mon échelle à décrypter l’univers du livre et de l’édition, mais sans vous raconter d’histoires cette fois-ci, rien que la vérité.
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PS : bon, en vrai, elle passe cette métaphore de l’histoire comme une pandiculation des mots, non ?... Non ?